Procrastination au travail : pourquoi tu repousses certaines tâches et comment avancer ?

Tu dois préparer cette présentation depuis trois semaines. Tu ne la fais pas.
Tu dois appeler ce client. Tu ne l’appelles pas.
Tu veux lancer cette nouvelle offre depuis six mois. Et tu ne la lances toujours pas.

Alors tu poses solennellement ton auto-diagnostic : « Je procrastine. »

D’accord. Mais une fois qu’on a dit ça, on fait quoi ?

« Je procrastine », ça décrit ce que tu fais. Ça n’explique absolument pas pourquoi tu le fais. Ni comment en sortir.

La procrastination au travail peut toucher des personnes motivées, compétentes et expérimentées. Et pour retrouver du mouvement, ou aider un collaborateur à passer à l’action, il faut regarder ce qui se cache derrière ce mot un peu fourre-tout.

Commençons par deux pistes concrètes : un objectif qui manque de clarté et une préférence pour la gratification immédiate. Deux mécanismes différents, qui appellent des réponses différentes.

Sommaire

Pourquoi tu procrastines alors que tu sais que c’est important

Tu peux avoir envie de développer ton activité, de rendre ton équipe autonome ou de préparer une présentation impeccable… et repousser les actions nécessaires. C’est agaçant. Parfois culpabilisant. Surtout quand tu te considères comme quelqu’un qui avance. Si tu es manager, tu observes peut-être la même chose chez un collaborateur : il te dit « oui, oui », semble avoir compris, dispose du temps et des compétences nécessaires… et rien ne se passe. Si tu es consultant, certains clients approuvent tes recommandations, puis reviennent à la réunion suivante sans avoir commencé. Avant de conclure à un manque de motivation, une question mérite d’être posée : Qu’est-ce qui rend précisément cette action difficile à engager ? C’est là que le décryptage devient intéressant.

Première cause possible : ton objectif est trop flou pour passer à l’action

Avant d’aller chercher une cause inconsciente derrière ce que tu appelles de la procrastination, je t’invite à vérifier quelque chose de très, très simple : Est-ce que mon objectif est clair ? Et est-ce que je vois concrètement comment m’y prendre ? Ce sont deux questions. Et la réponse à la première ne garantit pas la réponse à la seconde.

« Je dois être plus visible » n’est pas encore un objectif concret

Récemment, une cliente, formatrice indépendante, me dit en coaching : « Je dois être plus visible. » D’accord. Mais ça veut dire quoi, « plus visible » ? Plus visible auprès de qui ? Pour obtenir quoi ? Des demandes de rendez-vous ? Des inscriptions à ses formations ? Des recommandations ? Et puis, autre question : quels seraient les inconvénients de cette visibilité ? Davantage de sollicitations ? Des avis auxquels s’exposer ? Est-elle prête à les assumer ? Une phrase peut sembler évidente tout en cachant beaucoup de flou. Imaginons maintenant que ma cliente ait clarifié tout cela. Elle sait auprès de qui elle veut être visible et pourquoi. Voit-elle pour autant comment procéder ? Pas nécessairement.

Connaître la destination ne suffit pas si tu ne vois aucune route

Imagine : tu es dans ta voiture, plusieurs routes se présentent devant toi et tu n’as aucune idée de celle qu’il faut prendre. Ton téléphone a choisi ce moment merveilleux pour lancer une mise à jour. Tu attends. Dans ta vie professionnelle, il peut se passer la même chose. Tu veux avancer, mais tu ne sais pas quel chemin emprunter. Alors tu t’occupes d’autre chose en attendant d’y voir plus clair. Pour rendre un objectif praticable, pose-toi ces questions :
  • Quel résultat concret est-ce que je veux obtenir ?
  • Par quoi puis-je commencer ?
  • Quelles sont les étapes suivantes ?
  • De quelles informations, compétences ou ressources ai-je besoin ?
Tu n’as pas besoin de connaître chaque virage des six prochains mois. Mais il te faut au moins une première route à emprunter.

Mon dossier « podcast / chaîne YouTube » a attendu six ans

Pendant six ans, j’ai eu un dossier « podcast / chaîne YouTube » dans mon ordinateur. Six ans. Si tu savais le nombre de projets que j’ai lancés en 6 ans. Mais pas celui-là. Pourquoi ? L’envie était là pourtant. Mais je ne suis passée à l’action que lorsque j’ai compris le chemin et rassemblé les ressources nécessaires. Dans mon cas, il me manquait notamment une partie des compétences. En attendant ? J’ai fait tout sauf me lancer sur YouTube. Me répéter « allez, maintenant, discipline-toi » n’aurait pas suffi à combler ce qui me manquait. Parfois, ce que tu interprètes comme un manque de volonté est un manque de méthode, d’information ou de ressources. Et ça, c’est plutôt facile à clarifier quand tu en es conscient !

Managers et consultants : vérifiez ce que signifie « oui, oui »

Quand une personne ne réalise pas une tâche, le réflexe peut être de rappeler l’échéance ou de réexpliquer son importance. Cela peut être utile. Mais si elle ne sait pas comment commencer, la pression supplémentaire ne lui fournit pas le mode d’emploi. Plutôt que de demander uniquement « c’est clair ? », essaie : « Concrètement, par quoi vas-tu commencer ? » Puis : « De quoi as-tu besoin pour cette première étape ? » Ces questions permettent de vérifier ce que la personne a compris, sans supposer que son accord signifie qu’elle voit le chemin. Accompagner un collaborateur vers l’autonomie, c’est aussi l’aider à clarifier sa manière d’avancer. Sans forcément construire tout le plan à sa place.

Deuxième cause possible : tu veux le résultat, mais pas l’inconfort du chemin

Il y a un autre mécanisme derrière certaines situations de procrastination : l’attrait du plaisir immédiat et l’envie d’éviter la frustration. Tu peux sincèrement vouloir un résultat… tout en n’ayant aucune envie de vivre les étapes nécessaires pour l’obtenir. Avoir envie d’écrire un livre et avoir envie d’être en train d’écrire ce livre, par exemple, ce sont deux expériences assez différentes. Dans la première, tu imagines ton ouvrage terminé. Dans la seconde, tu es devant une phrase qui ne tient pas debout depuis vingt minutes. Forcément, la boîte mail devient soudain très séduisante.

Les petites tâches donnent vite l’impression d’avancer

Tu veux préparer une présentation importante. Mais tu commences par répondre aux messages Teams, ranger tes dossiers et modifier la mise en page. Tu t’actives. Tu coches. Tu vois un résultat. Pendant ce temps, la partie difficile — construire ton raisonnement, choisir ton message, prendre position — reste en attente. Être occupé peut alors devenir une manière très convaincante de repousser ce qui compte. Le problème n’est pas de répondre à tes messages. C’est de voir si ces petites tâches prennent systématiquement la place du travail que tu souhaites réellement accomplir.

Tu veux une équipe autonome… mais la transition t’agace

Tu veux déléguer davantage. Mais tu n’as pas envie de traverser cette phase où quelqu’un fera certaines choses moins vite, autrement, ou moins bien que toi pendant son apprentissage. Alors tu reprends la tâche. À court terme, c’est satisfaisant : elle est terminée et tu maîtrises le résultat. À plus long terme, tu continues à tout porter. Même logique lorsque tu veux sortir de l’opérationnel, mais que tu acceptes toutes les urgences. Une urgence peut être très gratifiante : on a besoin de toi, tu interviens, tu résous. Il y a un petit côté héroïque. Construire une organisation qui dépend moins de toi demande souvent davantage de patience. Les résultats sont moins immédiats. Et les applaudissements aussi.

Comment arrêter de repousser : rends les progrès plus proches et plus visibles

Lorsque le résultat paraît lointain et le chemin pénible, une piste consiste à découper ton objectif en étapes suffisamment petites pour constater rapidement une progression. Prenons la délégation. « Je dois sortir de l’opérationnel » est une ambition. Pour lundi matin, c’est un peu vaste. Tu peux la traduire ainsi :
  1. Lister cinq tâches que tu aimerais déléguer.
  2. En choisir une seule.
  3. Clarifier le résultat attendu et les moyens disponibles.
  4. La confier à une personne pendant une semaine.
  5. Prévoir un point pour ajuster et identifier ce qui peut rester délégué.
Chaque étape produit quelque chose de concret. Même principe pour ta présentation : ton premier objectif peut être d’écrire les trois idées que ton public doit retenir. Pour ta nouvelle offre : formuler le problème précis auquel elle répond. Le bon petit pas fait avancer le travail que tu repousses. Il ne consiste pas à ranger encore une fois le dossier qui le contient.

Reconnais ce qui avance, même si tout n’est pas terminé

Si tu attends d’avoir atteint l’objectif final pour reconnaître tes progrès, tu risques de trouver le chemin bien ingrat. Prends le temps de constater : « J’ai clarifié mon offre. » « J’ai confié une première tâche sans la reprendre immédiatement. » « J’ai enfin posé le plan de cette présentation. » Tu peux le noter, le partager ou remercier une personne qui t’a aidé. Une pratique de gratitude peut aussi être l’occasion de reconnaître ces avancées. Sans en faire une recette miracle contre la procrastination : l’idée, ici, est simplement de ne pas laisser tout ce qui progresse devenir invisible.

Et si tu aimais aussi être la personne indispensable ?

Je glisse une question au passage, c’est peut-être une vraie clé pour toi… Derrière celui ou celle qui assure, qui porte beaucoup, qui encaisse et qui rattrape les situations délicates, il peut y avoir une identité à laquelle on tient. (Tu vois, le mode héroïque très gratifiant ?) Alors, lorsque tu dis vouloir déléguer ou sortir de l’opérationnel : Qui es-tu quand tu n’es plus la personne qui sauve la situation ? Cette question ne concerne pas tout le monde. Mais si elle résonne, elle mérite peut-être davantage d’attention qu’une nouvelle application de gestion des tâches. Je te laisse méditer.

« Notre mental a vite fait de transformer une impression temporaire en vérité absolue. Si vous souhaitez comprendre comment notre cerveau fabrique ces récits, découvrez notre article sur les biais cognitifs au travail et comment ils déforment nos décisions. »

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Deux questions à te poser face à une tâche que tu repousses

Choisis une action précise que tu remets à plus tard. Puis demande-toi :
  1. Est-ce que je sais précisément ce que je veux obtenir et comment commencer ? Si la réponse est non, clarifie le résultat, la première étape et les ressources nécessaires.
  2. Est-ce que j’évite l’inconfort de cette action en privilégiant quelque chose de plus gratifiant immédiatement ? Si la réponse est oui, réduis la taille de la prochaine étape et rends ton progrès visible.
Ces deux pistes n’expliquent pas toutes les formes de procrastination. Mais elles offrent déjà des leviers concrets, pour toi comme pour les personnes que tu accompagnes.

Le coaching pour comprendre ce qui bloque et intervenir au bon endroit

C’est ce qui m’intéresse dans mon métier de coach et de consultante en entreprise : comprendre ce qui se joue réellement derrière un comportement. Une même phrase « je n’arrive pas à avancer » peut recouvrir des situations très différentes. L’accompagnement gagne en pertinence lorsqu’on prend le temps de les distinguer.
Au fait, moi, c’est Laurence Cordonnier. J’accompagne les professionnels confrontés à des blocages ou à des situations humaines complexes, pour eux-mêmes, leur équipe ou leur entreprise. Je transmets également ma méthode de coaching aux managers, dirigeants, consultants et experts qui souhaitent se former au coaching pour mieux comprendre l’humain et amplifier leur impact dans leur métier. Tu souhaites être accompagné pour faire face à une situation qui résiste chez toi ou au sein de ton entreprise ? Tu veux développer tes compétences de coaching ? Excellente idée ! Prenons le temps d’en discuter lors d’un rdv toi et moi. Et si tu as une situation professionnelle que tu aimerais me voir décrypter, écris-moi ! Elle pourrait bien inspirer un prochain sujet…
Laurence Cordonnier choisit un livre dans une bibliothèque pour illustrer la procrastination.

Un premier échange pour voir ce qui bloque vraiment

Comme son nom l’indique, l’appel de clarification sert à faire le point sur ta situation, à la clarifier. Dès la fin de cet échange, tu repars avec les premiers pas à réaliser pour avancer, que tu continues avec nous ou pas.

Tu peux réserver ton créneau dans mon agenda ci-dessous.